J'essaye d'écrire, de plus en plus, avec acharnement. Plus que d'habitude, à cause de ce corps dans lequel je m'entrave intentionnellement. Mettre plus de barrières afin de passer au dessus d'elles avec plus mérite, est-ce normal ? Humain serai un terme plus juste. L'acharnement dont je fais preuve n'as aucun mérite. C'est égoïste, comme mourir pour un autre, comme cette stupide Antigone, c'est plus que ça, c'est au dépend des autres, pour s'aider soi. Aide-toi et le ciel t'aidera. Foutus proverbes, j'ai jamais aimé ça, mais les utiliser est facile, pour gagner un jeu c'est l'idéal, car on peut les tourner à notre avantage quelle que soit la situation, ils sont faux, mais peu importe la vérité n'est-ce pas.
J'écris, mais pourquoi, hein ? Pour que des imbéciles lisent les deux premières lignes avant de s'endormir devant ma connerie égoïste et retournent à leurs problèmes, bien plus graves que les miens. On m'a dit un jour que « c'est en forgeant qu'on devient forgeron, et c'est pareil pour écrire » alors j'ai pris les choses aux pieds de la lettres, pendant environ trois secondes, puis j'ai voulu oublier, parce que je voulais que ce soit plus simple, mais alors j'ai rechuté dans l'encre, dans les humeurs d'une adolescente futile qui se prend pour Victor, et j'ai usé de prétextes. Je sais bien faire ça. C'est pas moi, c'est pas ma faute, c'est lui, c'est l'imagination, l'enfance, l'éducation, mon crayon, mes profs, mes amis, n'importe quoi, pas moi, surement pas moi. Pas de problème à ça, sauf quand on commence à y croire. Et si on y croit on s'implique, et là ça pose problème. Alors on s'enferme dans une chambre avec une déco pourrie, on dit que c'est la faute du papier peint, on ferme la porte, on dit que c'est à cause de l'atmosphère étouffante du dehors, mais on veut sortir s'amuser, on dit que c'est pour vivre enfin, boire, fumer, faire des conneries, jouer, mais on s'en fou, on aime pas en fait, on fait ça par excuse au monde, essayer d'être comme les autres, alors on passe des nuits à regarder le vide dans le silence et à ressembler à un zombie la journée, avec l'explication qu'on a pas bien dormi, et on s'enferme, on écrit avec acharnement et quand on nous rappelle notre promesse de faire la vaisselle, histoire de contribuer au ménage, on dit qu'on pense « mais merde, j'suis occupée, et la vaisselle j'en ai rien à foutre, si elle attend deux heures de plus dans l'évier, c'est pas la fin du monde » mais on fini par le faire, pour rester normale, comme les autres, et pas décevoir, rester la gentille petite fille, mais se détester de taper comme une conne des mots qu'on regrettera, mais dont on est fier, parce que c'est quand même écrire, et que ça faisait longtemps que ça nous était pas arrivé. On oublie la ponctuation, mais on se dit que c'est pas grave, puisque personne ne lira, du moins on l'espère. On se promet de faire toutes les choses qu'on s'était promis de faire, on reste content d'avoir écris un peu, même si c'est con, et plein de vulgarités, que c'est pas digne de Victor, ni de soi-même, mais on s'en fou. On trouve une excuse, et au lieu de le hurler on le murmure : « je m'en fou ».
Et je dis « on » ne le prenez pas mal, il faut bien que ce soir un autre qui se plaint de cette pénible façon...